Les marchés

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Les marchés artisanaux


   Impossible de passer à Antananarivo sans goûter à ses marchés. Dangereux parfois, et omniprésents parce que rien n’est contrôlé et que les vendeurs s’installent en bord de route, sur les trottoirs lorsqu’il y en a, rejetant le flot des piétons sur le goudron effondré et sale, que salissent encore plus les vieux camions, les bus branlants venant de France, de la Réunion, comme on en trouve partout dans ce grand dépotoir des richesses usées et inutilisées du Nord qu’est devenu l’Afrique. A Tana, néanmoins, certains marchés artisanaux sont devenus célèbres, et il n’est pas inutile d’y faire un tour.

Le marché d’Andravoahangy


   Il ne recèle pas uniquement ce qu’on en voit au premier abord et qui pourrait décourager les touristes en quête d’authentique, de vrai, de typique (et autres vocables inventés par eux, ne servant souvent qu’à désigner leur propre nostalgie) : des baskets Nike made in China, des tennis Adadas (ou autres variantes de la célèbre marque), des matelas éponge…

Derrière ce décor désespérant que la misère conjuguée au clinquant paraphent, vous avez là un vrai marché, un marché qui a une âme, et qui possède tout ce que vous pourriez espérer en matière d’artisanat malagasy. Des nappes brodées avec des scènes de la vie quotidienne (ce sont souvent de belles nappes blanches avec quelques figures, hommes, femmes, bêtes, enfants, posées sur l’immensité écarlate et douce du tissu), des sculptures de bois, de la vannerie, des pierres, des sacs de raphia, et toute une gamme de bibelots, coupe-papier, objets décoratifs.

Vous avez là le coeur de l’artisanat local, comme vous le trouvez en province, le long des routes, par exemple à Ambositra, dans la direction de Fianarantsoa. Si on vous propose un guide, vous auriez tort de refuser. Pour rien (1€), un habitué vous montrera les bons étals ; cela vous évitera d’en rater la moitié et de repartir sans comprendre ce qui fait le charme de l’endroit.

Si vous plongez davantage dans le marché, vous tomberez au milieu du marché quotidien, où les gens du quartier achètent leur loaka (accompagnement : légumes, poissons, viandes, en fait, tout ce qui accompagne le riz). Marché quotidien, mais préférez le mercredi tout de même.

Le marché de la Digue


   Sur la route qui mène à l’aéroport d’Antananarivo (Ivato), le marché de la Digue (ou de la route de la Digue), présente un grand choix d’artisanat, et même, tout l’artisanat malgache, a-t-on envie de dire. Mais aménagé pour les touristes, c’est-à-dire avec des prix comptés au quadruple de la valeur pratiquée ailleurs, et des sollicitations presque incessantes (qu’on retrouve aussi dans le quartier de Saint-Michel, près du Théâtre de la Huchette, Paris, 5e, et qu’on ne saurait donc accuser comme une tare des pays pauvres).

Au bord de la nationale, dans ce paysage de rizières parfois très belles, parfois désolées, le plus souvent bordées de maisons de bois branlantes qui flottent quasiment ou semblent sur le point de s’effondrer, le marché de la Digue s’avance sur une route en terre qui, à vrai dire, ne sert qu’à en rendre accessible les petits pavillons qui s’échelonnent et s’allongent sur une centaine de mètres.

Les marchandises sont légion, à vous de vous savoir s’il vaut mieux vous décider sur les premiers étals, ou attendre les autres nombreux qui en proposeront d’identiques. Ayez l’oeil, comme André Breton aux puces, pour détecter les défauts ; on ne dira pas le vrai, car ici tout est vrai, tout est puisé de la richesse et du souci des mains laborieuses. Avec cette lumière d’arrière-fond qui blanchit le bois frêle, et sourd des pores humides frappées par les pluies.

Autres lieux


   Le marché du Coum, dans le quartier de 67 Ha, où vous trouverez des objets en fer blanc, de la vannerie et du mobilier.

Un autre marché artisanal et mélangé se trouve à Analakely, plus précisément à l’entrée de Tsaralalana, juste après la gare de Soarano. Il est à déconseiller. Vous pouvez bien sûr l’approcher, en faire le tour, vous y hasarder à jeter un œil. Mais sachez qu’on raconte des histoires sordides à propos de ce grand marché couvert, qu’on appelle Marché de la Petite Vitesse. On raconte par exemple des scènes de guets-appens et de passage à tabac, des chemins qui se ferment entre les étals et des poings, quand ce ne sont pas des armes, qui tombent, heurtent le ventre, les bras, des courses poursuites et des accrochages qui se terminent bien mal. Allez-y accompagnés d’un malgache, si vous y allez.