Antananarivo

antananarivo

Les dates marquantes 

Antananarivo ou Tananarive ?


   Plus qu’une question de prononciation, il y a derrière ces deux noms de la capitale (le nom malgache et le nom francisé), une vraie querelle idéologique.

Sur le plan étymologique, aucun problème : Antananarivo signifie le village des milles, en référence aux soldats qui, par milliers, protégèrent la ville au XVIIe siècle, alors que le roi Andrianjaka avait expulsé les vazimba, pourtant premiers habitants de l’île Rouge, et présents sur le sol depuis l’an 700.

Au niveau de la prononciation, le nom francisé Tananarive porte un drapeau noir sur l’épaule. Le fervent nationaliste et socialsite Didier Ratsiraka l’avait tout bonnement fait interdire durant sa dictature, parce qu’il marquait trop l’influence française.

Aujourd’hui, tout est redevenu normal, et des malgaches disent Tana sans sourciller, sans même connaître l’auréole sombre qui a un temps plané autour de ce vocable.

Refus et adoption du christianisme

 

   Raconter l’histoire d’Antananarivo, c’est tirer un pan de toute l’histoire du pays, de sa culture, de ses coutumes, mais aussi, souvent, de son architecture et donc de ses modes de vie. Bref, comme partout, tout est lié, les enjeux se mêlent, les influences se conjuguent, et la capitale reste le catalyseur des énergies et pressions qui pesèrent sur le pays et animèrent ses habitants pendant disons au moins cinq siècles.

Le pays, aujourd’hui majoritairement, voire entièrement chrétien, ne l’était certes pas au départ, et on est très étonné lorsqu’on apprend qu’au milieu du XIXe siècle la religion du Christ a été violemment repoussée.

Si l’on remonte un peu plus en arrière, c’est vers 1610 que se profile un des lieux les plus emblématiques de Tana, à savoir le Palais qu’on dit aujourd’hui Palais de la Reine, et qui n’était qu’un Rova au départ. Il faut ensuite attendre plus de 150 ans, en 1777, pour qu’un 1er français donne un récit sur cette belle ville, sans doute très éloignée des canons auxquels il était habitué sur le continent.

En 1794, sous l’action du premier roi Andrianampoinimerina, qui réunifie l’imerina, Antananarivo devient la capitale du pays.

Dans cette ville qui est désormais le centre décisionnaire et culturel du pays, les influences et les arrivées de diplomates étrangers, en provenance surtout du Vieux Continent, vont recevoir un accueil mitigé. En 1817, un sergent britannique du nom de Hastie débarque à Antananarivo avec pour projet : l’abolition de la traite des esclaves, elle-même mise en place par les rois du pays. Si cette traite se termine, l’esclavage reste encore là, et il perdurera dans les mentalités jusqu’à nos jours de façon larvaire.

Un français tient une place de premier plan dans le pays : il s’agit de Jean Laborde, le protégé de la Reine. En 1832, il fera construire le Rova tout en bois (dans la tradition malgache).

Or c’est une quinzaine d’années plus tars, en 1849, que le mouvement contre les chrétiens touche à son acmé, avec leur martyre, perpétré par Ranavalona Ière qui refuse que le christianisme remplace la culture des ancêtres. Plus tard, les chrétiens trouveront un compromis habile en comparant l’importance des ancêtres à la communion des saints, et on sait aujourd’hui l’importance structurelle et principielle que tient cette religion dans le pays.

Entre 1863 et 1868, d’ailleurs, c’est le mouvement complètement inverse qu’on observe : sous le règne de Rasoherina, les dirigeants du pays se convertissent au christianisme

L’architecture, sous influence étrangère

 

   De 1868 à 1880, l’architecte britannique James Cameron, qui a déjà joué un rôle important dans la modification et l’édification du palais de la Reine, remplace une partie des maisons de la capitale, en les reconstruisant en briques, elles qui naguère étaient de bois.



Cette modification, qui solidifie bien sûr les bâtiments, est un événement majeur, puisqu’aujourd’hui, quand on discute avec de vieux malgaches, qui se disent eux-mêmes « purs produits de la colonisation française », on les voit exhiber avec fierté leur maison traditionnelle, faite d’un toit à deux pentes, d’une varangue, d’un escalier intérieur central, et de murs entièrement en brique rouge. Cette architecture, son caractère savant, a été apportée d’Angleterre, et elle a formé le style traditionnel malgache.

Cette insémination continue, puisque les années qui s’étendent de 1863 à 1895 marquent l’arrivée des architectes européens, qui ont la tête pleine des églises d’Europe. Ce sont eux qui commencent à construire des édifices religieux à Antananarivo, avec le patron qu’ils ont reçu de leur éducation. De cette époque, on notera les importantes églises des quartiers d’Ambatonakanga, Faravohitra, Andohalo (la cathédrale catholique) et Ambohimanoro.

 

Antananarivo, sous colonie française


   En 1895, les français prennent Antananarivo (précisément, le 29 septembre), après seulement un coup de canon dirigé vers le Rova. La reine préfère immédiatement hisser le pavillon blanc. C’est le début de 65 ans de colonialisme.

Le 16 septembre 1896 est une date importante pour Antananarivo, puisqu’elle est consacrée capitale du pays par le général français Gallieni. Celui-ci lui redonne une nouvelle impulsion en la modifiant et en opérant une profonde restructuration : des voies urbaines sont construites, ainsi que des instituts culturels et de défense des arts (l’Académie malgache), des écoles et centres de recherches médicaux (l’Ecole de Médecine et l’Institut Pasteur). La capitale s’ouvre à l’intérieur du pays (Fianarantsoa) et à ses côtes, grâce à la construction d’un réseau ferroviaire et routier.

Il faut ensuite attendre 50 ans pour qu’un nouvel événement secoue le pays. Impossible de se prononcer en quelques mots sur les bienfaits ou les méfaits du colonialisme. Les français abolissent l’esclavage, qui avait été mis en place par les rois malgaches eux-mêmes, afin d’opérer ce plan d’immanence égalitaire fondé sur l’ascension par le mérite, qui avait été un des grands acquis de la France en 1789. Mais les hiérarchies subsistent à Madagascar, entre les malgaches eux-mêmes. L’abolition préfectorale des castes ne brise pas les structures mentales ; les proclamations officielles s’effacent, mais les accords tacites perdurent. On a là un vrai poison, d’autant plus fort et inébranlable qu’il agit en silence, jouant le mort.

L’Indépendance et la malgachisation

 

   Le 29 mars 1947, avec l’insurrection du peuple malgache contre les colons français, marque le début du mouvement vers l’Indépendance. Une violente répression suit cette insurrection, cependant, et il faudra attendre encore 11 ans, en 1958, pour qu’une République malgache soit mise en place par référendum.

Le 26 juin 1960, date devenue fête nationale, l’indépendance est enfin proclamée et le 1er président, Philibert Tsiranana, consacré. Avec cette Indépendance, les problèmes commencent aussi, et aucune stabilité politique et économique n’a été trouvée depuis. Les manifestations estudiantines de 1972 forcent Tsiranana à partir, et une transition militaire est instaurée.

1976 : début de la politique de malgachisation, elle durera 15 ans. Sous l’influence des modèles soviétiques, Ratsiraka entend rendre le pays à son indépendance, dans tous les domaines, culturel et économique. A long terme, cette fermeture du pays se révélera un frein énorme pour le développement (national, mais aussi individuel), et sera abandonnée en 1991, avec la transition libérale d’Albert Zafy.

1995 marque une dernière date importante pour Tana, puisque c’est l’incendie du Rova, qui faute de moyens, demandera plus de 15 ans avant d’être réhabilité.