Le ROVA

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Le Rova (de son nom complet : Rova Manjakamiadana, Palais de la Reine) est l’ancienne demeure royale à Antananarivo, aujourd’hui transformée en musée.

Le Rova et Notre Dame


   Le Palais de la Reine occupe une place importante dans le paysage de la capitale Antananarivo. Posté sur une colline qui surplombe la ville, il semble veiller, peut-être un peu trop paresseusement sur les habitants et leurs demeures, et nous fait penser, certes différemment, à Notre Dame de Paris, et à sa longue silhouette de chat hérissée d’histoire.

A ceci près que la Seine, scindée en deux par la cathédrale, lui donne une dimension mouvante, qui la fait pencher vers le vaisseau. La Seine, ce danger, cette folie qui emportait le corps d’Aurélien dans le songe funèbre de Bérénice. Mais revenons au Rova.

 

Les 12 collines sacrées


   Le Rova, on l’a dit, est élevé sur une colline, et les collines justement ont une importance et une valeur particulières sur l’île Rouge. La région compte en effet douze collines sacrées, désignées comme telles par le roi Andrianampoinimerina, le premier souverain du royaume du centre de Madagascar (c’est-à-dire des merinas, qui devaient jouer un rôle directeur pour le pays, autant sur le plan de la gouvernance que sur celui de sa culture).

Pourquoi ce souverain en choisit précisément douze ? Car sur l’île, et dans la culture véhiculée par les ancêtres (razana), le nombre 12 est sacré (comme pour d’autres le nombre trinitaire, le 7, le 8 ou encore le 9). En guise de sceau, et pour ériger ces 12 collines, le souverain épousa 12 femmes, issues de chacun des villages, sous l’autorité desquelles il placa les collines, elles-mêmes réceptacles de futurs villages fortifiés, puis de tombes royales. Peu à peu, les lieux devinrent des pélerinages, et, à force de coutumes, de rites, de paroles, ils acquirent une force et un prestige dépassant l’humain.

Voilà en quelques mots l’importance des collines qui entourent Tana, et dont les tertres nus pointent avec autorité et mollesse leur sage figure vers le ciel, comme une main tendue vers l’idéal.

Un Palais royal


   Le Rova est lui aussi placé sur une colline, mais il ne s’agit pas d’une de ces collines sacrées. Lui aussi, bien sûr, a un rapport avec les souverains, puisqu’il fut, au XIXe siècle, leur demeure. Ce qu’on appelle précisément le Rova, c’est en fait ce palais, érigé au cours du siècle de l’industrialisation européenne, avec une architecture sans doute héritée des anglais. D’abord construit en bois, selon les techniques malgaches traditionnelles, par le préféré de la reine Ranavalona Ière, Jean Laborde, il fut ensuite modifié, rebâti et agrandi par James Cameron, architecte britannique qui lui rajouta notamment un temple protestant, des pavillons et un arc de triomphe.

Le Palais gardera sa fonction politique de demeure royale jusqu’en 1896, année de l’annexion du pays par la France, qui signe aussi l’abolition de la monarchie. Le gouverneur Gallieni, qui fait alors partie de la délégation française, le conserve pourtant, et s’en sert comme d’une chapelle des Grands Augustins, dans laquelle il entrepose les reliques royales.

 

Histoire récente


   Depuis cette date, on retiendra deux faits marquants liés au Rova, et d’inégale importance. Tout d’abord, le discours que prononça le Général de Gaulle au stade de Mahamasina en 1958, alors que le pays était encore sous protectorat français. Il est intéressant de lire quelques phrases du discours de cet homme, homme politique au grand charisme, orateur amateur de Sophocle et confident de Malraux, lorsqu’il affirme devant une foule venue en masse l’écouter au bas de la colline du Rova, que la France ne veut plus assujettir le peuple malgache, et que c’est à lui de reconstruire un Etat, fort et uni comme l’était celui de leurs rois. On imagine sans peine la haute stature et le nez droit, lourd et hiératique du général pointant son doigt conquérant vers le Palais et désignant sa fonction symbolique et directrice.

L’autre fait marquant, c’est bien sûr l’incendie du 6 novembre 1995, qui paraphe la disparation de nombre d’oeuvres d’art contenues en son sein, ainsi que de toute l’armature en bois, du moins sa lourde fragilisation. Faute de moyens, il a fallu attendre 20 ans avant d’entamer la rénovation, finalement achevée en 2014.